Les deux commissaires ont accouché d’un rapport pondéré et assez équilibré, à l’image du Québec qu’ils décrivent. D’entrée de jeu ils établissent comme on le savait déjà, qu’il n’y a pas de crise des accommodements raisonnables, seulement un problème de perception. À mon avis, ce problème de perception qui a été amplifié pas les médias, a surtout été causé par nos complexes et nos craintes de peuple minoritaire. J’appellerais cela le syndrome d’Hérouxville. Il y a un remède pour guérir, c’est de commencer à nous considérer comme un peuple majoritaire qui a les ressources et les moyens pour assurer sa survie et son avenir, avec ou sans l’indépendance politique.
Il me semble que les 37 recommandations du rapport s’articulent autour de deux grands axes, définir la laïcité et mieux intégrer les immigrants, notamment par le travail. À mon corps défendant, définir la laïcité sera difficile sinon impossible. Au moment même où les commissaires présentaient leur rapport aux médias, l’Assemblée nationale votait à l’unanimité une motion pour maintenir le crucifix au salon bleu. Défiant toute logique le Premier ministre Charest a déclaré que le crucifix et les armoiries du Québec étaient indissociables comme symboles de notre identité. Lier ainsi un symbole religieux à un blason civil identitaire c’est nier la séparation de l’église et de l’état que Charest lui-même a défini comme une des grandes valeurs de la société québécoise avec l’égalité des femmes et des hommes et la primauté du français. Les commissaires font une recommandation bizarre en demandant que certains officiers de l’État comme les policiers et les juges ne portent pas de signes religieux tout en permettent à d’autres comme les professeurs et le personnel hospitalier de le faire. Une société ne peut pas être à moitié laïque. Pour qu’elle le devienne il faut que tous les symboles religieux soient interdits dans les institutions civiles et publiques. 85% des québécois sont catholique. La majorité est non-pratiquante, mais elle tient à l’institution. En général, cette majorité qui ne fréquente pas l’église fait quand même baptiser ses enfants par exemple. Comme je prône que nous nous comportions comme un peuple majoritaire, je suis piégé. De mon vivant, le Québec a autant de chance de devenir laïque qu’indépendant. Amen.
Pour ce qui est de l’intégration, la commission recommande plusieurs actions: réduction du taux de chômage, reconnaissance des diplômes et compétences, plus grande ouverture des ordres professionnels, plus de moyens pour la francisation, la Commission des droits de l’homme et le Conseil des relations interculturelles et la régionalisation de l’immigration. Plusieurs de ces mesures visent à trouver du travail aux immigrants. Je l’ai déjà dit dans un autre texte, à mon avis, le travail est une des premières conditions pour l’intégration. Le gouvernement pourrait dès maintenant poser certains gestes pour mettre en pratique certaines de ces recommandations.
Les commissaires rêvent parfois en couleur et font quelques vœux pieux qui n’ont aucune chance de se réaliser. Les deux principaux sont un livre blanc sur la laïcité, voir le deuxième paragraphe ci-dessus, et la mise sur pied d’un comité d’enquête indépendant pour faire la lumière sur les pratiques des ordres professionnels en matière de reconnaissance des diplômes. Il n’y a aucune chance pour qu’un gouvernement minoritaire puisse mettre sur pied une telle enquête à cause de la résistance d’ordres professionnels très puissants. Même un gouvernement majoritaire pourrait s’y briser les dents.
Pour conclure je dirais que la plus grande réussite de la commission a été de désamorcer une crise de perception en permettant aux québécois de toutes tendances de s’exprimer. Par son existence même, elle nous a confirmé que le Québec est une société plutôt ouverte et accueillant pour les immigrants. Il ne nous reste qu’à tous nous améliorer, québécois de souche et immigrants compris.
Publié par : jacqueso
à 11:40:45
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